La
Via Agrippa désigne le réseau de
voies romaines en Gaule mis en place par Agrippa, à qui
Octave avait confié l’organisation des Gaules.
Le projet d'Agrippa
Ce réseau rayonnait à partir de la nouvelle implantation stratégique romaine,
Lugdunum. Le géographe antique
Strabon en a indiqué les lignes directrices :
« Agrippa a choisi (Lugdunum) pour en faire le point de départ des grands chemins de la Gaule, lesquels sont au nombre de quatre et aboutissent, le premier, chez les Santons et en Aquitaine, le second au Rhin, le troisième à l'Océan et le quatrième dans la Narbonnaise et à la côte massaliotique ».
En d’autres termes
- une voie vers l’Atlantique, de Lugdunum vers Saintes, le Chemin pierré
- une voie vers la Mer du Nord, par Reims, Beauvais, Amiens
- une vers le Rhin, par Langres et Trèves
- une voie vers le sud et Marseille
Si tous les spécialistes s’accordent pour situer la construction de ces voies sous Agrippa et Octave Auguste, la datation qu’ils proposent diffère d'un ouvrage à l’autre :
L'axe Sud
Dès la période protohistorique, une voie se maintenait à distance du
Rhône et de l’embouchure de ses affluents, préférant à la plaine parfois marécageuse les premiers escarpements des collines.
Sous l’impulsion d’Auguste, Agrippa aménagea une voie proche du Rhône mais accrochée autant que faire se peut au pied des collines. Cet axe passait par par des points d’importance différente :
Cet axe fut complété par la Voie d'Antonin, sur la rive droite du Rhône, ou Voie des Helviens.
Les traces de la via Agrippa : l'exemple du Valentinois
Il semble que, pour le territoire de la colonie de
Valentia (Valence), le tracé de cette voie ait été le même que celui de la route nationale 7, à ceci près que la voie devait éviter les zones de confluences alors marécageuses.
Ainsi, au nord de l’Isère, la via Agrippa, après avoir passé le carrefour des « Sept Chemins », poursuivait vers Beaumont-Monteux : la Départementale 101, une route communale puis un chemin en ont repris le tracé rectiligne et servent aujourd’hui de limite aux communes de Beaumont-Monteux et Pont-de-l’Isère. Non loin de là, le toponyme « Vie Magne » (via magna) témoigne du passage en ces lieux d’une « grande voie ».
Les milliaires de la via Agrippa
La
via Agrippa était jalonné de colonnes en pierre nommées
milliaires : placées le long des routes, elles indiquaient le nom du magistrat ou de l’empereur qui les avait fait ériger ou entretenir, ainsi que la distance en mille entre les lieux où les bornes étaient implantées et des points de référence (
capita viae) qui, pour la
via Agrippa, n’était autre que
Vienne,
Valence et
Avignon.
Sur les 22 milliaires retrouvés pour cette voie, nous pouvons citer le IIIème ou IVème mille (C.I.L., XII, 5549) servant de remploi dans le Déambulatoire du choeur de la cathédrale Saint-Apollinaire (Valence), encore visible aujourd'hui. Il serait daté de 274 ou 275 ap. J. C. et porte l'inscription suivante :
IMP(ERATOR) CAESAR L(UCIUS) DOMIT
AURELIANU[S] P(IUS) [F(ELIX)] INV[I]CT[US]
[AU]G(USTUS) P(ONTIFEX) MA(XIMUS) GER[MANIC(US) MAX(IMUS)]
[GO]THIC(US) MA[X(IMUS) CARPIC(US) MAX(IMUS)] ?
[PAR]THIC(US) MA[X(IMUS) TRIB(UNICIA) POT(ESTATE) VI CO(N)S(UL)] ?
[III] P(ATER) P(ATRIA) PROCO(N)[S(UL) PACATOR ET RES]
[TITUT]OR ORB(IS) [REFECIT ET]
[R]ESTITUIT […]
MILIA [PASSUUM]
I[I] II ?
Traduction : L'empereur César Lucius Domitien Aurélien, pieux, heureux, invincible, auguste, souverain pontife, Germanique très grand, Gothique très grand, Carpique très grand, Parthique très grand, revêtu de la puissance tribunicienne pour la ... fois, consul ... fois, père de la patrie, proconsul, restituteur et pacificateur de l'univers, a réparé la route. 3 (ou 4 ?) milles (de Valence).
Notes
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